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Comment gérer le passage à vide qui peut marquer la fin d’une expérience

Passage à vide

Le plus dur semblait passé, Sarah* avait enfin réussi à obtenir sa rupture conventionnelle et à quitter son emploi après des mois à aller bosser avec la boule au ventre, à essayer de tenir les délais au moins pour ses clients, pas responsables de la situation, mais dégoutée de son job, sans plus aucune motivation, impossible, elle n’y arrivait plus. Elle imaginait ce moment comme une libération, l’occasion de tourner la page, de passer à autre chose et pourtant, voilà 15 jours qu’elle a définitivement fermé la porte de son bureau derrière elle mais le retour attendu d’un meilleur moral n’est pas au rendez-vous : “Je ne comprend pas, je me sens vidée, j’ai envie de rien, je passe mes journées scotchée au canapé devant des séries alors que je m’étais fixé de refaire mon CV et rechercher des annonces qui me correspondent, de retrouver du travail, mais je n’en ai pas l’énergie. Je n’ai même plus envie de me faire à bouffer. Ça ne me ressemble pas, ce n’est pas moi. Je sais que je dois me ressaisir, passer à autre chose, mais je n’y arrive pas”.

Sarah n’est pas la seule à traverser ce gros coup de mou, ceux qui vivent un divorce, un licenciement, un dépôt de bilan, un départ volontaire suite à un gros ras-le-bol, ou encore un arrêt de travail pour épuisement même si le contrat, “l’expérience”, n’est pas encore complètement terminé, ou tout autre type de rupture, sont susceptibles de vivre cette sorte de passage à vide qui amène à se renfermer sur soi en attendant de voir apparaitre le bout du tunnel.

Burn-out ? Dépression ? Pas forcément. Déprime passagère ? Peut-être mais ce n’est pas le rôle d’un coach d’en faire le diagnostique, cependant la vigilance est là et la reconnaissance de cet état lorsqu’il se présente en coaching m’amène à m’assurer qu’il a un suivi médical en parallèle de l’accompagnement ou de le recommander. Je ne suis pas soignante.

Revenons à Sarah, elle s’est investie 10 ans à ce poste, elle n’était pas d’accord avec les dernières décisions de sa hiérarchie qui allaient complètement à l’encontre de ses valeurs, ses journées de travail en sont devenues un calvaire, elle a préféré partir, mais ce n’est pas sans une grande déception, une énorme désillusion par rapport à la carrière qu’elle se voyait mener dans cette entreprise et pour laquelle elle à sacrifié du temps, une part non négligeable de sa vie de famille, une partie de ses loisirs… On ne fait pas une croix sur des années d’engagement simplement en signant un papier ou en claquant la porte. C’est dur à digérer, elle a un deuil à faire, et la nécessité de se retrouver, se reconnecter à soi, avant de pouvoir passer sereinement à l’étape suivante : Le nouveau job qu’elle n’arrive pas pour le moment à chercher.

Ce qui me pousse à écrire cet article aujourd’hui, c’est que cet état de repli sur soi, de désengagement, il mérite qu’on en parle un peu plus. Parce qu’il est fréquent et je dirais même normal lors d’une transition de vie, et que le nier ou lutter contre fait plus de dégâts que de l’accepter et le traverser. Le méconnaitre, c’est une porte ouverte à la culpabilité, à davantage de souffrance.

Un moment délicat à passer

C’est fini, et cette fin peut laisser place à un goût amer, à de la culpabilité, des regrets. Le sentiment de ne pas avoir été assez ceci, de ne pas avoir fait cela… Ça peut générer une perte d’estime de soi. Et tout ça n’aide pas à se relever. Les effets secondaires sont généralement la sensation d’être dans le brouillard, ne plus savoir où on en est, le besoin de s’isoler, de réfléchir, une énergie au plus bas, le tout accompagné d’une succession d’émotions désagréables telles que la colère, la peur, la tristesse comme on peut le vivre lorsqu’on perd un être cher.

Ce passage délicat, Fréderic Hudson, philosophe, pédagogue, auteur, et coach l’illustre bien dans son cycle du changement, ou Modèle d’Hudson. Il a modélisé la façon dont nous vivons le changement sous la forme d’un cycle de 4 phases, un peu comme la nature vit ses saisons. Sarah est en phase 3, c’est l’hiver pour elle.

Dans ce cycle, Hudson définit la phase 1 comme une phase de lancement, c’est le début de quelque chose (nouvelle relation, nouveau travail) avec toute l’euphorie et la motivation qui vont avec, la recherche de plaisir et l’envie que ça dure. On pourrait dire que c’est l’été, et comparer l’humain qui vit cette phase à un bel arbre plein de beaux fruits savoureux.

Puis le temps passe, et un jour on se rend compte que tout n’est parfait, qu’il y a des couacs, des choses à revoir. C’est la phase 2, celle de la désynchronisation. C’est l’automne, l’arbre commence à perdre ses feuilles. Il y a des choses à laisser dernière nous. Ici, nous avons un énorme avantage sur les arbres, c’est de pouvoir changer quelques paramètres, modifier les 2 ou 3 trucs qui clochent et repartir en phase 1. Dans la vie pro, cette mini transition peut correspondre à un changement de poste, un changement d’entreprise, si le changement d’environnement suffit à retrouver enthousiasme et un bon niveau d’énergie, c’est reparti pour un tour !

Parfois, l’automne est plus intense, les feuilles mortes tombent jusqu’à la dernière et se ramassent à la pelle: Le moral tombe au fond des chaussettes. Ça peut être lié à une rupture importante, un somme de déceptions, de désillusions, une grosse remise en question. C’est la phase 3, et comme l’hiver, c’est une période plus sombre à passer, j’en reparle plus longuement après, mais pour boucler la boucle, ensuite il y a la phase 4, le printemps, synonyme de renouveau, d’expérimentations et de renaissance, qui précède un nouvel été. La roue tourne et cycle est bouclé.

Après avoir donné des fleurs, des fruits, perdu ses feuilles, l’arbre laisse donc redescendre sa sève et se repose, reprend des forces en ancrant se racines plus profondément en terre. Il ne lui viendrait pas à l’esprit de faire de nouvelles feuilles à peine celles de l’année passée tombées. La première gelée n’en ferait qu’une bouchée, une stratégie qui le mènerait rapidement à l’épuisement.

L’humain, lui, n’a pas toujours cette humilité. Hé oui, dans notre société il faut faire face, il ne faut pas se laisser abattre, un Mars et ça repart ! Pas le temps de se recentrer, de se reposer, il faut agir et faire de nouvelles feuilles coûte que coûte, même en plein brouillard, même par grande gelée. Il sait qu’elles grilleront, que ça le grillera, mais le regard des autres, son propre jugement aussi, pèsent tellement sur son arbre nu pour attendre le printemps.

Bon mais alors on en sort comment de cet hiver ?

Pas de précipitation, si tu veux que ton printemps soit suivi par un bel été ensoleillé avec de fruits en abondance, il faut laisser le temps au temps. Je ne suis pas entrain de dire qu’il faille se maintenir là dedans. Juste se laisser le temps d’encaisser.

Et voici quelques conseils pour vivre au mieux cette période délicate.

Accepter sans culpabiliser davantage

Accepter ce qui est, accepter cette phase nécessaire du cycle du changement. C’est un moment de remise en question nécessaire pour t’aligner de nouveau quand tu auras repris des forces, pour te retrouver, te reconnecter à l’essentiel, à ton essentiel.

Je l’ai écris plus haut dans cette société de la performance où il ne faut surtout pas se laisser abattre ni baisser les bras. On peut être tenté de s’en vouloir de pas être au top pendant quelques temps, de se dire qu’on est nul, qu’on a pas la force, de considérer cette fin comme un échec, de se raconter tout un tas de méchancetés qui ne feront qu’empirer les choses. STOP !! Y-a-t-il une utilité à se maltraiter comme ça ? A s’enfoncer soi-même comme ça ?
Je doute fort que ça t’aide à remonter la pente.

Faire le deuil de ce qui s’est terminé ou se termine

Que ce soit la fin d’une relation, la fin d’une mission ou d’un job, ou la fin d’autre chose, lorsque l’on quitte ou que l’on perd quelqu’un ou quelque chose pour lequel on a investit une partie de soi-même, son temps, son amour, son amitié, sa passion, sa motivation, sa vie, c’est comme si on laissait partir cette partie de nous-même. Ça demande a être accepté, à en faire le deuil.

Lors du décès d’un proche, il faut généralement entre 1 et 5 ans pour faire son deuil. Et le deuil de plusieurs années d’engagement, d’une tranche de ta propre vie, à ton avis combien de temps ?

Cette étape prends du temps et peut susciter de nombreuses émotions, comme de la colère envers soi, envers les autres ou le système, la peur, la tristesse. Écrire ce tu ressens dans un carnet peut t’aider à vider ton sac. Commence par tous les sentiments désagréables ou douloureux, ce qui t’as blessée, ce que tu trouves injuste, tes regrets. Prends le temps de réfléchir à ce que ça représentait pour toi (ce travail, cette relation…), puis termine par les choses plus positives : Ce que ça t’a appris, le bons souvenirs que tu souhaites garder, ce que t’a apporté cette expérience, ce qui t’a fait grandir ou évoluer dans cette situation…

Prendre soin de soi

Si tu te sens comme Sarah, vidé de ton énergie, repos et cocooning sont recommandés, il est important de recharger ses batteries et de prendre soin de son corps et son esprit. La charge émotionnelle et le stress subis peuvent avoir mis à mal tes réserves de minéraux nécessaires au bon fonctionnement du système nerveux. Une bonne alimentation et un sommeil réparateur sont importants pour refaire surface. Encore une fois, un petit tour chez le médecin ou chez un naturopathe, à ta convenance, peut être bien utile si ton sommeil ou ton alimentation sont perturbés.

Enfin, si certaines activités te ressourcent (moi c’est de jardiner, dans n’importe quel état ça me fait du bien), autorise-toi celles qui te font envie tout en respectant ton niveau d’énergie du moment. Certains se réfugient dans la musique, le dessin, la poterie, peu importe, ces activités ont l’avantage d’apaiser le mental et de laisser le corps s’exprimer.

Se faire accompagner

Le conseil le plus important que je peux te donner ici est d’être attentif à ton état émotionnel et ne pas hésiter à te faire accompagner. Les risques de laisser s’installer ou s’aggraver cet état, de dépression, d’avoir des idées noires, sont présents et bien réels pendant cette période délicate. Médecin, psychologue ou thérapeute peuvent t’aider.

Un coach ? C’est à voir au cas par cas, en fonction de ton état et d’où tu en es. Plus pour t’ancrer et reposer des fondations solides que pour faire pousser tes nouvelles feuilles dans un premier temps.

Bien s’entourer

Oui, car c’est connu, dans cette phase de découragement ou tu n’as peut-être envie de rien, tu peux recevoir de nombreuses sollicitations de ceux “qui n’aiment pas te voir comme ça”, qui te proposent de bouger parce que “ça te fera du bien”, ça les rassurera eux surtout, mais ne te force pas. Utilise la métaphore de l’arbre en hiver s’ils sont un peu lourds.

Peut-être y a-t-il des personnes dans ton entourage plus à même de t’écouter sans jugement, de te comprendre, de t’accompagner dans une activité douce, qui te ressource. Privilégie ces relations pour le moment.

Évite les médisants qui ne comprennent pas ce que tu vis.

Se recentrer

On ne traverse pas cette phase d’hiver pour rien. Généralement elle arrive pour nous permettre de nous recentrer. Pour nous aider à recoller une facette de nous-même qui n’avait plus sa place. Parfois lorsqu’on s’est trop éloigné de soi, pour suivre sa carrière, sa famille, le but d’un autre, un pseudo-bonheur conformiste qui ne nous va pas. Lorsqu’on s’est un peu (ou beaucoup) oublié, qu’on a mis de côté ses valeurs ou ses aspirations profondes. Lorsqu’une partie de nous se sent étouffée, aimerait être écoutée, se sentir vivante.

La dernière étape que je te propose pour entendre à nouveau le chant des oiseaux au printemps avant un bel été, c’est de te reconnecter à toi-même, profondément. Aller voir ce qui s’ennuie en toi, ce qui s’est perdu ou a été laissé de côté, ce qui est entrain de s’éteindre et raviver la flamme. Puis laisser de la place à ce qui vient, ce qui est prêt à germer, à pousser au retour du printemps.

Prends bien soin de toi.

Sandra

*Sarah est un personnage fictif, mais représentatif de personnes rencontrées en accompagnement.

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